Pochoirs

Basse flore
Bas Saint-Laurent
Tu cueilleras aux flots dès mai
Les pieds pesants, les fous de brassant, les inrespirables,
Les fous de bassin, les entre-côtés, les côtes brisées.

Si je vais plus loin,
Vers les îles de lainage
Avant la pagaille des eaux.
Si je vais plus loin,
Je ne reviendrai pas.

Nous sommes tous des oiseaux moches pour Riopelle.

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J’accoure

Comme j’aimerais me souvenir de toi au lendemain des cieux
quand les éclats des murmures aux matins réveillent.

Comme j’aimerais marcher dans tes pas de deux.
M’endormir quand tu dors et rire quand tu ris.

Mais moi, j’accoure.
J’accoure pour te rattraper.
Non. Moi j’accoure.
J’accoure pour te devancer.

Comme j’aimerais me souvenir de toi aux rappels des yeux.
Aux draps de nos peaux et muses ailleurs.

Comme j’aimerais me mentir de toi, mais les nus rigolent.
Leurs ongles, leurs crocs et muses aïeules.

Les nus ont pâturé mon corps.

Alors moi, j’accoure.
J’accoure pour me devancer.
Non. Moi j’accoure pour replanter sur mon corps
des fourrages clairs pour t’y coucher.

M’incendier

Je suis née en silence pour provoquer ma mère. Taire mes cris à pleurer, avoir le dernier mot. Puis plus tard, rayer des passages.
En grandissant, on garde certaines habitudes, j’ai celle de la provocation.

Pour provoquer la mer et ses remous.
Pour renaître, provoquer ta colère
Et la fulgurance du premier souffle.
Pour renaître: supplier les regards, quémander tes cries, brûler ton incendie.

M’incendier.

M’incendier parce que tu m’écoutes pas. Incinérer ton corps parce que tu m’écoutes pas. Heille chui là, j’te parle. Je te parle de mes brûlures en attendant que l’hiver fonde ses derniers instants.

Il est loin le dégel de ton cœur en pergélisol.

Je n’entends plus les sirènes de l’amour brûlant.
Je n’entend surtout pas l’alarme des souvenirs enfumés.

Il est loin le dégel de ton cœur en pergélisol.

Pour renaître, provoquer ta colère
Et la fulgurance du premier souffle.
Pour renaître: supplier les regards, quémander tes cries, brûler ton incendie.

Pour renaître, faire «rejaillir le feu de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux». Provoquer «des terres brûlées donnant plus de blé qu’un meilleur avril».

Ça c’est pas de moi, je l’ai volé. Comme je volerai ton indifférence.

Ma mère

Ma mère aimait Renoir et les histoires de Pagnol. Mais ça n’a pas d’importance.
Parce qu’on ne grandit pas dans une peinture.
Qu’on ne vient pas d’une tablée de campagne aux fleurs séchées et chapeaux de paille.
Qu’on ne prend pas des airs de silence aux sourires qui font mal.

Ma mère aimait Renoir, mais je n’avais pour moi que des poings qu’on s’affligent.

J’envie le temps plus lent des pays sans saisons.

Jachère

Long matin Montréal.
J’essouffle mes amours. Et tout ce qui reste de vous. Entre toi et toi, j’ai brouillé les cartes
Trop usé les désirs, ces terres fertiles.
À l’attente. Maintenant.

Mon cœur en jachère.

Pluie juillet

Rembobiner mes juins. Pluie juillet.

En attendant les promesses de Montréal. Sur mon balcon rue Ontario, je m’écris des mots-valises pour repartir en voyage.

En attendant le Montréal des promesses, j’équeute les journées d’hier pour en faire une confiture. Que je mangerai avec les mains pour me lécher les doigts.

Érotisme frugale.